Rwanda, Ejo à Chaillot
Au printemps 2024, le Théâtre national de la Danse – Chaillot a consacré un week-end entier à la création rwandaise contemporaine. Baptisé « Rwanda, Ejo », cet événement n’était pas un coup d’éclat isolé, mais l’aboutissement visible de deux années de coopération, portées par la chorégraphe Dorothée Munyaneza, artiste associée de la maison. Retour sur la genèse du projet, le rôle de son artiste-curatrice, et les réalisations concrètes qui en ont découlé.
La genèse d’une coopération
L’histoire de « Rwanda, Ejo » commence bien avant le rendez-vous parisien de mai 2024. Ce Chaillot Expérience s’inscrit dans une coopération avec le Rwanda initiée en mai 2022, menée en lien étroit avec Dorothée Munyaneza, artiste franco-rwandaise associée à Chaillot depuis 2021, et avec l’Institut français de Kigali.

Né autour de la création du spectacle Umuko, le projet a donné lieu à plusieurs actions de formation et de transmission artistique. Il s’inscrit également dans le prolongement du travail mené par Dorothée Munyaneza depuis 2009 auprès de jeunes artistes rwandais à Kagina.
Dorothée Munyaneza, artiste associée et curatrice
Au cœur du projet, Dorothée Munyaneza, artiste associée et curatrice de « Rwanda, Ejo », a imaginé une programmation pluridisciplinaire réunissant artistes rwandais et de la diaspora.
« Ejo », qui signifie « hier et demain » en kinyarwanda, traduit son ambition de relier mémoire et création contemporaine. À travers ce projet, elle célèbre la vitalité d’une jeune génération artistique rwandaise qu’elle suit et accompagne depuis plusieurs années.
Les réalisations concrètes
Un week-end pluridisciplinaire à Chaillot
Du 15 au 18 mai 2024, « Rwanda, Ejo » a investi le Théâtre national de la Danse – Chaillot à travers une programmation pluridisciplinaire réunissant des artistes rwandais et de la diaspora. Danse, musique, littérature, cinéma, arts visuels et mode se sont rencontrés pour mettre en lumière la richesse et la vitalité de la création contemporaine rwandaise.
Umuko, une création collective
Pièce centrale du programme, Umuko est une création de Dorothée Munyaneza réunissant cinq jeunes artistes de la scène rwandaise actuelle : Jean-Patient Nkubana, Impakanizi, Michael Makembe, Abdoul Mujyambere et Cédric Mizero.
Inspirée du nom d’un arbre guérisseur lié à l’enfance de la chorégraphe au Rwanda, la pièce mêle chants, musique à l’inanga, danses traditionnelles et écriture contemporaine pour créer un dialogue entre héritage culturel et création actuelle.
Toi, moi, Tituba…, le solo de Dorothée Munyaneza
En parallèle, Dorothée Munyaneza a présenté son solo Toi, moi, Tituba…, créé avec le musicien Khyam Allami à partir de textes d’Elsa Dorlin et de Maryse Condé. Une œuvre qui explore les questions de mémoire, d’identité et de transmission à travers la figure de Tituba, personnage effacé de l’histoire.
Un programme riche en rencontres
Au-delà des spectacles, « Rwanda, Ejo » proposait également des concerts, expositions, ateliers et rencontres littéraires. Le public a notamment pu découvrir le concert de la chanteuse Teta Diana, une exposition photographique ainsi que des temps d’échange autour de la littérature, dont l’univers de Gaël Faye et son roman Petit Pays.

Les artistes réunis autour du projet
Le programme a rassemblé, autour de Dorothée Munyaneza :
- Jean-Patient Nkubana, musicien, joueur d’inanga
- Impakanizi, danseur et chanteur, porteur des danses et chants traditionnels
- Michael Makembe, musicien et interprète
- Abdoul Mujyambere, danseur et chorégraphe
- Cédric Mizero, artiste pluridisciplinaire (mode, image, performance)
- Teta Diana, chanteuse
- Khyam Allami, musicien, complice de Toi, moi, Tituba…
- Des artistes des arts visuels présentés à travers l’exposition photographique du week-end
L’événement vu par les artistes : l’épisode du Journey Podcast
L’écho de « Rwanda, Ejo » s’est prolongé au-delà de Chaillot grâce à un épisode du Journey Podcast, animé par le créatif rwandais Manzi Mbaya et enregistré à Paris le 18 mai 2024.
Réunissant plusieurs artistes et acteurs du projet, dont Michiel Robberecht, Natasha Muzira, Miriam Birara, Shema Gaetan, Abdoul Mujyambere, Jean-Patient Nkubana et Moses Turahirwa, cet épisode revient sur leur expérience de l’événement et offre un regard direct sur son impact auprès de la scène créative rwandaise.
Un jalon dans une coopération durable
Loin d’être un événement isolé, ce Chaillot Expérience constitue un jalon dans une coopération qui mobilise l’ensemble des équipes du théâtre, et qui s’appuie sur des actions de fond menées en amont : formations professionnelles, médiation culturelle, résidence de création.
La critique a salué la réussite de ce pari : loin de figer le spectacle dans un hermétisme lassant, le parti pris de Dorothée Munyaneza a invité le public à un autre rapport à la culture rwandaise, entre travail de mémoire et désir de faire vivre une scène culturelle rwandaise fertile.
Cet article a été écrit par Manzi Mbaya Abdoul Hakim pour l’Institut français de Kigali.